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Les géants

Histoire

Les pays d'Europe occidentale voient défiler chaque année des milliers de géants. Ceux-ci sont nés à partir du 15e siècle en vue d’illustrer un jeu processionnel didactique ou récréatif. Goliath affronte David, comme dans la Bible, saint Georges tue le dragon et saint Christophe porte l’Enfant Jésus, comme dans la Légende dorée de Jacques de Voragine (milieu du 13e siècle). Le Cheval Bayard et les quatre fils Aymon tentent d’échapper à la colère de Charlemagne en s’inspirant du roman médiéval de Renaud de Montauban.

Au fil du temps, ces figures, devenues de plus en plus vivantes et pittoresques, ont été rejointes par d’autres ne portant pas de nom (comme le Gayant de Douai, apparu en 1530) ou des animaux fantastiques choisis par des confréries (associations religieuses de métiers). Devenus populaires et vivants, les géants vont se marier, fonder une famille et, parfois, perdront leur nom d’origine.  

Ils deviennent les emblèmes d’une ville  ou d’une région (Goliath à Ath, le Reus à Cassel, Gayant à Douai, le dragon à Mons,…). Cependant, dès le 16e siècle, ces figures vont être menacées par une religion soucieuse d’éviter les dérives pittoresques, que ce soit le fait de la réforme protestante ou de la contre-réforme catholique. Ainsi, l’évêque d’Arras prendra des mesures en 1699 et en 1771.

Autodafe
Dessin de René Sansen

Le rationalisme, qui inspire la révolution française, est aussi adversaire de ces «momeries religieuses», c’est pourquoi les géants seront détruits suite aux réformes de Joseph II nourries par l’idéologie des « lumières » dans les Pays-Bas du sud ou par la volonté des révolutionnaires jacobins anti-cléricaux (à Ath, le 28 août 1794).

Au 19e siècle, les géants perdent toute connotation religieuse mais ils subsistent ou renaissent là où la tradition est bien implantée. On les voit défiler dorénavant dans des cortèges. Ils prennent une signification nouvelle liée aux préoccupations de l’époque : histoire locale ou nationale, culte de la cité, recherche de l’identité. Le géant athois Goliath, qui conserve son nom biblique et combat David comme dans la Bible, poursuit la tradition de la procession médiévale. La plupart des autres figures prennent une autre signification.

Si le 19e siècle n’a pas été très créateur, le 20e verra un renouveau de la tradition surtout au cours des cinquante dernières années.  

Les figures se sont multipliées dans les villes, les villages, les quartiers en vue d’animer les fêtes locales et de contribuer à renforcer leur identité. Ces nouveaux géants représentent d’anciens métiers, des personnages historiques, mythiques ou pittoresques, des jeux traditionnels,… Ils sont particulièrement nombreux autour des villes où la tradition est bien implantée depuis des siècles. 

Ainsi, le Hainaut belge où subsistent le dragon de Mons, le Goliath d’Ath et le Saint-Christophe de Flobecq (trois figures médiévales) réunit plus de 250 géants, dragons et animaux fantastiques.

Trazegnies.jpgCes traditions sont plus vivantes que jamais au début du 21e siècle. La plupart des fêtes de géants et de dragons font preuve d’un dynamisme et d’une vitalité tout à fait remarquables. L’intérêt pour ces manifestations s’est accru au cours des trente dernières années. La plupart des villes y trouvent l’affirmation de leurs racines. Les nouvelles générations s’engagent de plus en plus dans la fête. Celle-ci conserve ses caractères essentiels mais des innovations témoignent aussi d’un dynamisme certain.

Les géants, chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité

Le vendredi 25 novembre 2005, l'Unesco a procédé à la 3e proclamation des chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. La candidature des Géants et dragons processionnels d'Europe occidentale a été reconnue.  Le concept de patrimoine culturel et immatériel a été développé par l'Unesco pour remplacer le mot folklore ou l'expression Arts et traditions populaires. L'avant-projet de convention accepté en juin 2003 énumère cinq domaines dans lesquels se manifeste le patrimoine culturel immatériel :

  • les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ;
  • les arts du spectacle ;
  • les pratiques sociales, rituels et événements festifs ;
  • les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ;
  • les savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel.

En attendant la mise en place de la convention l'Unesco a décidé de mettre en évidence un certain nombre de manifestations de la vie populaire répondant aux critères qu'elle a fixés. Deux proclamations ont déjà eu lieu en 2001 et 2003. Elles ont permis de reconnaître 47 chefs-d'oeuvre. La troisième proclamation de novembre 2005 a permis l'inscription de 43 nouveaux chefs-d'oeuvre, dont les géants et dragons processionnels de France et de Belgique

Géants et dragons processionnels de France et de Belgique

La reconnaissance au titre de chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'Humanité repose sur le choix d'un certain nombre de villes où les géants et les dragons sont bien vivants depuis plusieurs siècles et sont devenus les emblèmes de la communauté locale. Ils sont actuellement fort nombreux dans les régions concernées.

La reconnaissance repose sur les villes suivantes :

Belgique : Ath, Bruxelles, Dendermonde, Mechelen et Mons
France : Cassel, Douai, Pézenas et Tarascon

Ces villes illustrent, de manière complémentaire, divers aspects de la vie des géants, dragons ou animaux fantastiques présents dans les processions et les cortèges d'Europe occidentale.

La ducasse d'Ath

Vous trouverez toutes les informations sur les pages consacrées à la ducasse.